15 mai 2006
CHASSE AUX SORCIERES
Sadomasochisme : le droit de se faire mal ?
Dans les pratiques sadomasochistes, la souffrance côtoie le plaisir sexuel. Qui dit souffrance dit blessures, plaies. Le responsable des sévices tombe-t-il sous le coup de la loi malgré le consentement de la victime ? Peut-on en toute impunité blesser un être humain même si celui-ci le demande ?
Les tribunaux britanniques et la Cour européenne des droits de l'homme ont dû plancher sur cette question complexe voilà quelques années. L'affaire a débuté par la découverte fortuite en 1987, par la police anglaise de casettes vidéo d'un club de rencontres sadomasochistes. Une cinquantaine d'hommes étaient concernés. Les actes sexuels filmés se sont déroulés pendant une période de 10 ans. Ils comportaient des sévices des organes génitaux avec de la cire chaude, du papier de verre, des hameçons, des aiguilles et également des corrections rituelles à main nue, au martinet ou avec des ceintures cloutées. Tous les participants étaient adultes et consentants. En 1990, plusieurs participants ont été inculpés et déclarés coupables de violation de la loi des atteintes aux personnes. Cette loi anglaise de 1861 stipule que : toute personne qui blesse ou inflige une douleur sérieuse à une autre personne illégalement et avec l'intention de nuire, avec ou sans armes ou instruments, est passible d'emprisonnement.
Des sévices consentis
Si dans cette affaire ces hommes ont été condamnés à des peines d'emprisonnements de 2 à 4 ans, dans d'autres domaines la société permet des "sévices". Certains plus anodins bien sûr ! Vous pouvez demander des peercings, des tatouages, le tatoueur ne sera pas tourmenté par la justice. Pourtant, il y a là aussi, douleurs et "blessures" physiques définitives librement consenties. Par ailleurs, il n'existe qu'une partie du corps qu'un chirurgien peut vous amputer uniquement à votre demande sans raison médicale : le prépuce. La circoncision est une mutilation volontaire légale. Pas toujours volontaire d'ailleurs puisqu'elle est pratiquée chez des enfants qui ne peuvent donner leur consentement !
Et puis il y a la boxe. Vous pouvez recevoir et donner des coups pour le "plaisir" dans le cadre de ce sport sans tomber sous le coup de la loi. Alors qu'on sait les dégâts funestes de ses coups de poing sur le cerveau des boxeurs !
Deux poids, deux mesures ?
Pourquoi ces différences ? Sinon que les lois sont faites en fonction de la morale à une époque donnée. Dans les faits, les hommes condamnés ont été punis pour avoir infligé des douleurs et des blessures à autrui, mais en réalité c'est leur choix de sexualité qui a été jugé. Pour la majorité de nos contemporains se donner des coups sur un ring ou sur un terrain de rugby n'a rien de scandaleux par contre éprouver du plaisir sexuel dans des pratiques douloureuses n'est pas permis. Le poids de la morale a joué en leur défaveur.
Dans des domaines plus graves, la loi ne laisse pas de choix non plus. Mais là on le comprend mieux, la vie d'autrui est en jeu. Le duel est hors la loi et le consentement des deux protagonistes ne met pas à l'abri des poursuites. De même assister quelqu'un qui se suicide est considéré comme un homicide.
Poings liés contre poing levé..
Et le droit à la vie privée ?
Les hommes poursuivis dans ce procès ont tenté de faire valoir devant la Cour Européenne des droits de l'homme, leur droit à la vie privée. Considérant que tout ce qui c'était passé dans ce club de rencontres ne concernait qu'eux, les casettes vidéos n'étant pas vendues mais diffusées aux seuls membres. Au Royaume-Uni depuis 1957, l'homosexualité est ainsi décriminalisée si les actes se déroulent dans la sphère privée. Mais la Cour Européenne ne leur a pas donné raison. Elle a considéré que l'orientation et les comportements sexuels concernent un aspect intime de la personne, mais que malgré tout dans un pays démocratique, l'immixtion de la justice dans la vie privée peut parfois être nécessaire. La Cour Européenne reconnaît le droit des états à se saisir de toute affaire qui entraîne des blessures physiques.
Source : (serious) Sadomasochism : a protected right of privacy ? Richard Green, Archives of sexual behavior, Vol 30, N° 5, 2001.
Commentaires
juste un mot pour liaka et vous Monsieur Maitre des jeux
bonjour à vous Monsieur et Laika...
Vous parlez de ça ,je n'ai pas c'est sur , peu être la connaissance , que Laika a depuis deux ans...
Vous l'emmener je suis sur , à des sensations quelle même ne connaissait pas , en tout cas c'est se qu'on ma dit , pour progresser , il faut grandir , et suivre , se que le Maitre desside pour nous ; lui seul peux nous emmener ou il voit que l'on doit aller .
Mais j'ai plaisir a vous lire ... quoique des fois cela me fait monter les larmes au yeux , je suis très sensible sur le faite , que soumise Laika est devenue ... ou du bien que vous parler d'elle . J'aimerais être et devenir comme elle
mais il me reste beaucoups de chemin a parcourir
sur se .. à vous deux , bonne route et long chemin
cecilia
La communion
entre D et s peut mener bien loin, toujours plus loin.
Vous faites partie des gens exemplaires et je suis heureuse de compter parmis vos relations... Que la route soit longue et bonne.
Jurisprudence
Bonjour Laïka, Bonjour Maïtre des Jeux,
L'affaire que vous citez, d'après mes sources est effectivement une atteinte au droit à la vie privée (et en plus teintée d'homophobie je crois). La Cour Européenne des droits de l'homme a jugé en effet dans ce cas que les lois britaniques pouvaient s'appliquer. MAIS, QUELQUES ANNEES PLUS TARD ,la Cour Européenne des droits de l'Homme a rendu un autre arrêt sur une affaire belge qui est beaucoup plus intéressante.
Elle a dit en l'occurence, qu'il fallait des motifs graves (et non moraux, mais physiques) pour qu'un état puisse intervenir dans une affairre ou les gens disposent librement de leur corps (droit garanti par la convention européenne des droits de l'homme. La CDJH insiste sur le fait qu'il faut une raison "GRAVE" pour qu'un état intervienne (et non une simple égratignure).De même pour qu'un état s'intéresse à la vie privée des gens (garanti par la convention européenne des droits de l'homme). La CDH a aussi effectivement dit que les belges accusés de tortures etc... étaient condamnables par leur état mais ils l'étaient aussi parceque ces Doms criminels n'avaient pas respecté le "safeword" de la personne soumise (qu'elle avait prononcé à plusieurs reprises sur des cassettes vidéos) et donc ces Doms étaient condamnables pour ne pas avoir respecté le droit de la personne soumise à disposer de son propre corps.
Cet arrêt, assez équilibré je trouve, et qui s'appuie sur la convention européenne des droits de l'homme aura un impact évident sur la jurisprudence. Bon, j'en parle en détail chez moi dans un article ancien mais des juristes en parlent aussi ailleurs. Et il est intéressant de voir que d'un côté on a les gens qui aiment la liberté et la responsabilité qui trouvent cet arrêt très bien... Et de l'autre des gens que ça dérange (y compris ceux qui voudraient que les victimes aient peur de porter plainte en faisant croire que les victimes qui font du BDSM sont aussi dans l'illégalité (l'activité étant plus ou moins illégale). Or c'est faux ! C'est totalement légal ! Alors oui, il faut faire respecter nos droits à dispopser de notre vie privée ET de notre corps (garanti par la cour européenne de justice, et AUSSI, expliquer que si on dépasse la mesure (risque pour la santé physique ou mentale des gens, ou non consensualité des actes, et bien la sanction judicaire tombera.
Amitiés,
Aramis
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